En 2011, quand le web ne permettait pas encore de faire tourner de vraies applications en zone de montagne — stockage hors-ligne inexistant, notifications absentes, réseaux capricieux — on a monté une équipe de développement mobile natif iOS et Android. Ce choix nous a appris quelque chose d’essentiel : concevoir pour des contraintes réelles produit de meilleurs résultats que concevoir pour des conditions idéales.
Réseau limité, écran en plein soleil, batterie basse : ces situations façonnent des réflexes de sobriété que nos équipes web et mobile partagent encore aujourd’hui. Ce qu’on appelle désormais éco-conception, on le pratiquait déjà — par nécessité, puis par conviction.
Chaque octet a un équivalent CO2
Un site web n’est pas immatériel. Chaque page chargée sollicite des serveurs, traverse des câbles, s’affiche sur un écran — et tout cela consomme de l’énergie. Une vidéo en lecture automatique, quatre polices de caractères chargées en parallèle, un widget de réseau social, des images non optimisées : chaque élément s’additionne.
Multiplié par le nombre de visites quotidiennes et par la profondeur de navigation, l’impact devient mesurable. Des outils comme EcoIndex (développé par le collectif GreenIT), GTmetrix ou Website Carbon Calculator permettent de quantifier l’empreinte d’une page et de la comparer dans le temps. EDSB, fournisseur d’électricité en Hautes-Alpes, a mis en œuvre cette démarche avec nous et publié une page dédiée à leur résultat — un exemple concret de ce que la transparence numérique peut produire. → Voir la page éco-conception d’EDSB
La bonne nouvelle : les leviers sont nombreux, et la plupart n’ont aucun effet négatif sur l’expérience utilisateur. Un site léger est presque toujours un site plus rapide, plus agréable, mieux positionné.
Notre méthode, en quatre temps
Sur un site existant, on commence par un audit complet. On remet un document de recommandations priorisées — ce qui peut être corrigé rapidement, ce qui nécessite un chantier, ce qui relève d’un choix éditorial à assumer.
Sur les projets en développement, ces recommandations sont intégrées directement dans le code : gestion des ressources, optimisation des images, limitation des appels serveur inutiles, mise en cache adaptée.
Après la mise en ligne, on suit l’évolution des performances via des outils en ligne pour détecter les dérives et proposer des corrections régulières.
Mais le moment le plus déterminant, c’est en amont — pendant les ateliers UX et UI. C’est là qu’on pose les vraies questions : ce carrousel d’images en pleine page, quelle est son utilité réelle ? Cette vidéo en arrière-plan, est-elle indispensable ? C’est le moment d’en parler, pas après le développement.
Le WebSen’SCORE
Pour structurer ces conversations avec nos clients, on a développé une grille d’évaluation que nous avons baptisée WebSen’SCORE. Elle s’appuie sur 5 critères qui ont un impact direct sur le chargement du premier écran — celui que votre visiteur voit dans les premières secondes.
[Emplacement vidéo 10s — aperçu animé du WebSen’SCORE — boucle silencieuse, chargement différé, format WebM + MP4]
Chaque critère génère une pondération. L’ensemble donne un WebSen’SCORE global. Ce score n’est pas une note scolaire — un score élevé ne signifie pas un mauvais site. Il reflète des choix assumés, documentés, décidés en pleine connaissance des compromis. C’est là tout l’intérêt de la démarche : transformer des décisions souvent prises par habitude en arbitrages éclairés, co-construits avec le client lors des ateliers de conception.
Les détails de la grille — les cinq critères, leurs valeurs et les seuils de pondération — sont présentés lors des ateliers de conception. C’est un outil de travail collaboratif, pas un rapport à lire seul. Il alimente la conversation et documente les choix retenus pour la durée du projet.
Mode sombre
Proposer un thème sombre à ses visiteurs n’est pas un gadget. Sur les écrans OLED — devenus majoritaires sur les smartphones récents — les pixels noirs ne consomment quasiment pas d’énergie. Un thème sombre bien conçu réduit donc la consommation de batterie et, par extension, l’empreinte de chaque session.
Au-delà de l’aspect énergétique, c’est une question de confort réel. La lecture prolongée sur fond blanc fatigue les yeux. Beaucoup d’utilisateurs activent le mode sombre par défaut dans leurs réglages système — un site qui ne le respecte pas leur impose une luminosité qu’ils ont précisément cherché à éviter.
Nos équipes intègrent cette option directement dans le système de conception des projets qui le justifient — pas comme une surcouche ajoutée en fin de projet, mais comme une variante cohérente du thème principal, testée sur les mêmes critères de contraste et d’accessibilité.
Accessibilité numérique
L’accessibilité, c’est d’abord une question de respect. Un site non accessible exclut des millions d’utilisateurs : personnes malvoyantes qui naviguent avec une synthèse vocale, personnes à mobilité réduite qui utilisent le clavier à la place de la souris, personnes dyslexiques pour qui la typographie et les espacements ont une importance particulière.
Pour les organismes publics — collectivités, établissements publics, offices de tourisme — c’est aussi une obligation légale depuis la loi de 2005 et son décret d’application de 2019. Le référentiel de référence en France est le RGAA (référentiel général d’amélioration de l’accessibilité), qui décline en 106 critères les normes internationales WCAG du W3C.
Nos équipes sont formées et sensibilisées à ces usages depuis les débuts de l’agence. Navigation clavier, compatibilité avec les lecteurs d’écran, agrandissement du texte, structure sémantique du code : ce sont des réflexes de conception, pas des cases à cocher en fin de projet.
Les contrastes, utiles bien au-delà du handicap. Un ratio élevé entre le texte et son arrière-plan est la première chose qu’on vérifie. C’est une exigence RGAA, mais c’est aussi une réalité quotidienne : lire un texte gris sur fond blanc en plein soleil, sur l’écran d’un smartphone milieu de gamme, est pénible pour tout le monde. Des contrastes bien calibrés améliorent l’expérience de tous les utilisateurs, dans tous les contextes.
Ce que nous produisons
À l’issue des projets concernés par l’obligation légale, nous produisons un audit de conformité RGAA. Ce document technique est réalisé page par page sur un échantillon représentatif du site. Il identifie les critères conformes, les non-conformités et les éventuelles dérogations motivées.
Le résultat : un taux de conformité officiel, et un plan d’action priorisé pour les points restants.
L’audit alimente la déclaration d’accessibilité publiée sur le site du client — une page obligatoire pour les organismes concernés. Elle informe les utilisateurs du niveau de conformité, liste les contenus non accessibles et précise les voies de recours disponibles. Nous accompagnons nos clients pour sa rédaction et sa mise en ligne dans un format conforme aux exigences légales.
L’accessibilité ne s’improvise pas en fin de développement. Elle s’intègre dans les ateliers UX, dans les choix typographiques, dans la structure des composants. On explique à nos clients pourquoi certaines décisions ont un impact sur l’accessibilité — et ce que ça coûte de les corriger après coup plutôt qu’en amont.
Quelques références
Refonte complète sous Drupal avec intégration d’une démarche éco-conception documentée. WebSen’SCORE calculé en phase de conception, suivi des indicateurs EcoIndex et GTmetrix après mise en ligne. Le client a choisi de publier une page dédiée expliquant leur démarche et leurs résultats. → edsb.fr/ecoconception
À compléter avec un client collectivité ayant une déclaration d’accessibilité en ligne.
À compléter selon projets disponibles.
Questions fréquentes
- Eco-conception
Le mode sombre améliore-t-il l’accessibilité ?
Oui, dans certains cas. Le mode sombre réduit la fatigue visuelle pour les personnes souffrant de photophobie et maintient des ratios de contraste élevés exigés par le RGAA. L’intérêt dépasse l’accessibilité : sur les écrans OLED, il réduit la consommation de batterie et améliore le confort en environnement peu éclairé. WebSenso l’intègre systématiquement dans ses portails institutionnels et touristiques.
Qu’est-ce que le RGAA et en quoi diffère-t-il du WCAG ?
Le WCAG est le référentiel international d’accessibilité web, publié par le W3C, avec trois niveaux : A, AA et AAA. Le RGAA est l’adaptation française publiée par la DINUM : il traduit les critères WCAG en 106 points de contrôle avec un cadre légal contraignant pour les organismes publics. Viser la conformité RGAA revient à viser les niveaux WCAG AA ou AAA. WebSenso cible le niveau AAA sur ses projets collectivités.
Comment se déroule un audit d’accessibilité chez WebSenso ?
L’audit porte sur un échantillon représentatif — pages obligatoires (accueil, contact, plan du site, accessibilité) et pages fonctionnelles. Chaque page est testée sur les 106 critères RGAA : contrastes, navigation clavier, lecteurs d’écran, sémantique HTML, formulaires. Le résultat est un taux de conformité officiel et un plan de corrections priorisé. La déclaration d’accessibilité est rédigée à partir de ce rapport.
Qu’est-ce que le WebSen’SCORE ?
C’est une grille d’évaluation développée par WebSenso pour structurer les choix d’éco-conception avec nos clients.
Elle s’appuie sur cinq critères qui influencent directement le chargement du premier écran. Chaque critère est pondéré, et l’ensemble génère un score global qui n’est pas une note scolaire mais un outil de décision partagé.
Les détails de la méthode sont présentés lors des ateliers de conception.
Quelles obligations légales en accessibilité numérique ?
La loi du 11 février 2005 et son décret de 2019 imposent aux organismes publics (collectivités, établissements publics) de se conformer au RGAA. Obligations : déclaration d’accessibilité publiée, niveau de conformité affiché, mécanisme de signalement actif. Les entreprises privées dépassant 250 M€ de chiffre d’affaires sont également concernées. Le non-respect peut entraîner des sanctions de l’ARCOM.
Qu’est-ce que l’éco-conception web concrètement ?
L’éco-conception web vise à réduire l’empreinte environnementale d’un site à chaque étape : conception, développement, hébergement, mises à jour. En pratique : optimisation des images, limitation des ressources chargées, réduction des appels serveur, polices légères, suppression des scripts tiers non indispensables. L’impact est mesurable avec EcoIndex ou Website Carbon Calculator, en grammes de CO2 par page.
À partir de quel moment faut-il penser à l’éco-conception ?
Le plus tôt possible — idéalement lors des ateliers de conception UX, avant que les choix structurants soient arrêtés.
Un carrousel d’images, une vidéo en arrière-plan, un widget de réseaux sociaux : ces éléments ont un coût énergétique qui se mesure.
En les discutant tôt, on peut décider en connaissance de cause plutôt que de les corriger après développement, ce qui coûte plus cher et produit souvent des résultats moins satisfaisants.